Les Rouart sont des artistes {Discover}

Les artistes Rouart


Qui sont-ils donc ? De nouveaux personnages de BD, mes voisins...? Bien loin de tout ça, les Rouart sont l’exemple même de l’une de ces familles aux mille ressources et aux têtes bien formées, doublées d’une fibre artistique aussi certaine que variée. Dans la famille Rouart, je demande le grand-père, le fils et le petit-fils.

Pourquoi ? Parce qu’ils méritent d’être connus, parce que sous votre parasol ou au fin fond de l’Amazonie, la découverte de leurs talents et œuvres apportent cette petite goutte de fraîcheur qui titille l’intérêt au beau milieu de vos vacances. Eux, il auront de quoi vous inspirer à dessiner dans le sable, sans retenue.

De nombreuses expositions leur ont été dédiées ; j’ai eu le plaisir de découvrir celle du musée de Pont-Aven, fraîchement inaugurée dans ses nouveaux murs, restreints mais agréables et accueillants.

Suivons donc l’ordre du parcours de l’exposition qui n’est autre que l’ordre chronologique d’apparition de ces trois membres d’une famille de riches industriels qui ont tous plongé en virtuoses dans le monde de la création artistique à travers la peinture, à commencer par le grand-père, Henri Rouart (1833-1912).

Ce brillant ingénieur diplômé de Polytechnique rencontre Edgar Degas qui sera son mentor, son allié. Vers la quarantaine, Henri décide de s’adonner à la peinture, plonge dans son atelier et construit d’un œil satisfait son immense collection de tableaux. Il suit presque à la lettre les codes de l’impressionnisme, jugé scandaleux à ses débuts, et nous donne à voir des instantanés baignés d’une lumière sophistiquée. Ses tableaux soulignent son sens du relief, du jeu de l’ombre et de la mise en lumière et sont autant de prises de vue cinématographiques. Une passante est enveloppée d’un monde flou et onirique, tandis que son visage est illuminé par un projecteur qui nous la rend familière et unique dans la scène représentée. C'est elle, l'actrice principale. De loin mon tableau préféré dans sa série de portraits et de paysages, est “Baigneurs sur la plage” : il nous transmet la nonchalance d’une journée estivale au bord de l’eau, de la proximité des corps exposés et posés avec désinvolture sous la lumière de la fin du jour. Douce, dorée et apaisante, elle estompe les détails, adoucit les traits et gomme les contours. Vous pouvez y voir mon l’inclination pour la mer, sa douce énergie et sa luminosité… Vous aurez raison !

Le fils, Ernest Rouart (1874-1942), davantage à la recherche d’un style à mon avis, est celui des trois représentants qui me touche le moins. Diplôme en poche, il décide aussitôt de se lancer dans une carrière artistique sous l’aile de Degas, omniprésent. Ses tableaux sont effleurés par l’inspiration du groupe des Nabis (les prophètes) et s’ébattent entre l’impressionnisme et son avenir, sans pour moi véritablement s’affranchir de l’un comme de l’autre. J’ai du mal à percer sa personnalité, son originalité dans cette quête.

Cela est peut-être dû aussi au coup de pinceau si brillant du petit-fils Rouart, Augustin (1907-1997). Les salles qui lui ont été dédiées lors de l’exposition qui s’est tenue à Pont-Aven sonnent le réveil des sens : il trouve sa voie loin de l’influence impressionniste, des règles familiales et professionnelles ; il sera pour le coup un piètre entrepreneur.

Ses toiles sont éclatantes de couleurs, ses traits sûrs et marqués et ses personnages empreints de magie. Par moments, je crois voir du David Hockney dans le traitement de la couleur, un personnage à part entière. Coup de cœur pour ses natures mortes et pour son “Le Petit Pêcheur”. Il est frêle ce personnage, mais il se tient debout, les pieds dans l’eau. La mer, à la transparence surprenante pour de la peinture à l’œuf, c’est son univers, là où il peut être lui-même, en toute franchise et décontraction. Augustin est un admirateur de la côte atlantique, elle sera souvent le sujet de ses toiles. 

Autre tableau qui a attiré toute mon attention et admiration : “Métro dans la nuit”. Les lignes franches et les couleurs pleines dont ce bleu électrique, profond et envoûtant illustrent le graphisme publicitaire et urbain ; une affiche qui aurait toute sa place dans le métro ! Les arbres dénudés sont autant de silhouettes aux contours fins japonisants, l'influence de la lithographie n'est pas loin… Je suis partie ravie de cette découverte familiale qui gagnerait à être davantage promue à mes yeux - c’est un sacré trio que ces Rouarts, sans parler du quatrième, de l’académicien de la famille, Jean-Marie Rouart… Mais ça, c’est une autre histoire, celle de Bernis, le cardinal des plaisirs par exemple, une autre page à lire et à savourer.





Photo : DeathToTheStockPhoto (edited by The Daydreamer)

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